
Tout le monde avait joué.
Petits et grands. Faut dire que c'était tentant. On pouvait ramasser un gros paquet. Comme ça. D'un claquement de doigts. On n'avait qu'à réciter deux Pater, trois Avé Maria et bingo.
Et c'est ce qu'ils ont fait. Tous autant qu'ils étaient. Seulement, les jeux de hasard ça défrise le poil, ça titille la bile, ça fouette l'adrénaline. Alors des fois, on peut rester scotché.
Ce jeu là pourtant, il était mortel. Loin des tripots minables, du turf dominical et du bonneteau pour attrape-touristes. L'appât du gain n'était pas ce qui motivait les joueurs. Non, ce qui rendait le truc fascinant et sexy au possible, c'est qu'il réveillait nos fantasmes. Nos putains de fantasmes enfouis dans les tréfonds du falzar.
Plus on jouait, plus on était excités. Une vraie drogue. Une machine à pulsions qui faisait perdre la raison. Avec le risque de se faire des bad trip. Du genre Armageddon in the french towns.
La dernière fois qu'on a joué c'est parti d'un vieux coco. Il avait pas mis assez de flotte dans son Ricard ou trop d'eau dans son vin, je sais plus trop en fait. En tous cas c'est lui qui a donné le départ. Après on s'est mis à flipper méchant. Mieux qu'un acide. Des hallu qui ont duré des semaines. Faut voir le foin qu'on à fait aussi.
Tous les journaux déliraient sur l'attaque de l'armée de Dark Vador. Ils racontaient que c'est la banlieue qu'était touchée, que comme quoi c'était des zones sans foi ni loi, où se propageaient plein de mots en "isme". Moi j'ai pas tout compris, défoncé que j'étais. Mais ce que je sais, c'est que j'avais les jetons. Faut dire aussi que la boite à caca dégorgeait sévère. Tous les premiers de la classe s'étaient shootés au même fantasme. Ils étaient tout speed, comme les lascars qui fument du crack à Marcadet. Évidemment, quand t'es cuit à ce point là, la parano elle te sert de chien-guide. Plutôt Pitt-Bull que Labrador le chien. Dès lors la moindre caméra peut devenir un tank. Et là, devant l'objectif, ils juraient sur la vie de leurs mères que Marianne risquait de porter la burqa avant Noël. Que le voile intégral envahissait la France plus vite que le virus H5N1. Que les talibans étaient aux portes de Paris. Bref que la République était en danger.
Wahou ! que je me suis dit. Moi qui voulais me mater Transformers 2 au cinoche, je vais rester tranquille à la baraque. Ça craint trop dehors.
Mais le meilleur était à venir quand je me suis aperçu que même le président de tous les français les avait vu. Et il s'est pas gêné pour le dire. C'est que ça désinhibe ce machin là. Et lui, même pas la honte devant sa meuf, il s'embarque dans un de ces délires. Et devant toute la France en plus, parlementaires et lèche-culs réunis. Il dit je sais plus trop quoi d'ailleurs mais un truc genre l'heure est grave, la femme est en danger, boutons l'ennemi hors de nos frontières, aléa jacta est.
Après on est passé à autre chose. On soufflait. Les hallucinations musulmanes and womens sont retombées. Quand même on avait été rassurés par le boss. C'est pas rien. La vie reprenait le dessus. Les petits oiseaux tout ça ...
Jusqu'à aujourd'hui.
J'allume la radio, on annonce le nombre de "burqa" recensé en France par des keufs du renseignement. Ni vu ni connu. Ça tombe comme les résultats du loto.
Et le numéro gagnant est .... 367.
Comme disait Bush à la veille de sa croisade.
The game is over !
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